Les savonneries disparues de Marseille : la Tulipe et rue Sainte, un patrimoine industriel à redécouvrir

Les savonneries disparues de Marseille racontent une autre histoire du savon que la ville n’a pas oubliée — celle des usines qui ont fermé, et de celles qu’on a démolies.

Pendant des décennies, Marseille a abrité des dizaines de savonneries, huileries et installations industrielles liées au commerce des huiles et à l’activité du port. Certaines ont disparu, d’autres ont été reconverties, quelques-unes seulement continuent à produire du savon aujourd’hui. Voici deux lieux qui racontent cette autre histoire du savon de Marseille — celle des quartiers, des ouvriers, et des usines qu’on ne visite plus.

La Tulipe : de la savonnerie à la fabrique culturelle

Dans le quartier des Crottes, au cœur du 15e arrondissement, l’imposant bâtiment de l’ancienne Savonnerie de la Tulipe et du Coquelicot témoigne encore de l’époque où les quartiers nord concentraient une partie importante de l’activité industrielle marseillaise. Fondée en 1865 par la maison Baron Père & Fils, l’usine produisait à son apogée jusqu’à 8 millions de kilos de savon blanc par an, en pains, barres et morceaux moulés — une production suffisamment reconnue pour être présentée aux expositions universelles de Paris (1889 et 1900), Chicago (1893), Anvers (1894) et Liège (1905).

L’usine ferme en 1987. Depuis, la friche est engagée dans une reconversion culturelle portée par Euroméditerranée : école de hip-hop, musée du street art porté par Maquis-art, ateliers d’artistes et auberge de jeunesse doivent y prendre place, sur un ensemble de 5 500 m² dont plus de 1 500 m² de murs dédiés aux artistes graffeurs. Le bâtiment qui produisait le savon d’une ville entière devient un lieu où cette même ville vient peindre ses murs.

Pendant que La Tulipe change de vocation, une autre maison marseillaise fait le choix inverse — rester fidèle à son métier d’origine, sans interruption depuis le XIXe siècle.
Savonnerie Fer à Cheval : le vrai savon de Marseille existe encore

Rue Sainte : des vestiges découverts, puis effacés

Fin 2013, des fouilles archéologiques préventives au 72 rue Sainte mettent au jour les vestiges remarquablement conservés d’une savonnerie du milieu du XIXe siècle — l’un des premiers grands chantiers marseillais consacrés à l’archéologie de son patrimoine industriel. L’opération offre, pour la première fois, un regard archéologique sur l’un des visages les plus emblématiques de l’industrie marseillaise.

Les vestiges n’existent plus aujourd’hui. Malgré la mobilisation d’habitants du quartier, ils ont été détruits pour laisser place à un immeuble de neuf étages et un parking. Ce n’est donc pas un lieu à visiter — c’est une trace disparue, qui mérite d’être racontée précisément parce qu’elle ne sera plus jamais visible.

Et aujourd’hui, où voir (et acheter) le vrai savon de Marseille ?

Ce patrimoine disparu n’efface pas ce qui tient encore. Plusieurs maisons historiques produisent toujours du savon à Marseille et dans sa région, selon des méthodes largement inchangées depuis un siècle.

Le détail des savonneries encore en activité aujourd’hui — Fer à Cheval, Le Sérail, La Corvette, Marius Fabre — est déjà réuni ici.
Les savonneries historiques de Marseille, celles qui produisent encore

Et pour comprendre ce qui différencie un vrai savon de Marseille d’une imitation, quels que soient son âge ou son fabricant :
Comment reconnaître un vrai savon de Marseille : 4 critères imparables

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la Savonnerie de la Tulipe et du Coquelicot ?

Une savonnerie marseillaise fondée en 1865 dans le quartier des Crottes (15e arrondissement), qui produisait jusqu’à 8 millions de kilos de savon par an à son apogée. Elle a fermé en 1987 ; le site est aujourd’hui reconverti en lieu culturel dédié au hip-hop et au street art.

Peut-on encore visiter les vestiges de la savonnerie de la rue Sainte ?

Non. Découverts lors de fouilles archéologiques fin 2013, ces vestiges du XIXe siècle ont été détruits depuis pour laisser place à un immeuble et un parking, malgré la mobilisation des habitants du quartier.

Reste-t-il des savonneries en activité à Marseille aujourd’hui ?

Oui, plusieurs maisons historiques produisent encore du savon de Marseille selon des méthodes traditionnelles, dont la savonnerie Fer à Cheval. Le détail des savonneries actives est réuni dans notre page dédiée aux savonneries historiques de Marseille.

Que va devenir le site de la savonnerie La Tulipe ?

Le site est engagé dans une reconversion culturelle portée par Euroméditerranée : école de hip-hop, musée du street art, ateliers d’artistes et auberge de jeunesse, sur un ensemble de 5 500 m² dont plus de 1 500 m² de murs dédiés aux artistes graffeurs.

Vous connaissez une autre savonnerie disparue ?

Cette page n’a pas vocation à rester figée à deux exemples. Marseille a compté des dizaines de savonneries aujourd’hui oubliées — bâtiment repéré, vestige documenté, souvenir de quartier. Si vous en connaissez une qui mérite sa place ici, signalez-la-nous : nous vérifions et complétons la page.

Sources et méthode

Historique de la Savonnerie de la Tulipe et du Coquelicot et du projet de reconversion : Made in Marseille, Paris ZigZag, Office de tourisme de Marseille, Euroméditerranée. Fouilles archéologiques de la rue Sainte : Marsactu, Inrap, tourisme-marseille.com. Cet article s’appuie exclusivement sur ces sources publiques ; bio-marseille.fr n’a mené aucune investigation de terrain sur ces deux sites.