Le loup est de retour en Provence : ce que ça change vraiment pour un éleveur bio de la Sainte-Baume

Le loup est de retour en Provence — plusieurs meutes rien que dans les Bouches-du-Rhône, jusqu’aux portes de Marseille. La presse régionale compte les attaques ; elle raconte rarement ce que ça change au quotidien pour ceux qui vivent avec. À la Sainte-Baume, à moins d’une heure de Marseille, Laurent Ajello pratique l’élevage bio depuis 2012 : 350 bêtes, brebis corses et Mourérous pour la traite, agneaux de lait, fromage fabriqué à la ferme d’octobre à juillet. Entre chiens de protection à 800 € pièce et cahier de pâturage quotidien, voici ce que la cohabitation avec le loup coûte vraiment à un éleveur bio.

Une ferme bio dans le Parc Naturel Régional de la Sainte-Baume

Laurent Ajello exploite L’Andain, en location sur les terres de la Grande Bastide, à Plan d’Aups (Var). Son cheptel : 120 brebis corses et Mourérous destinées à la traite, 200 ovins pour la viande dont des agneaux de lait, et des béliers pour la reproduction. La production fromagère s’étale d’octobre à juillet. Une exploitation certifiée biologique depuis 2012 — treize ans de pâturage sur les hauteurs qui dominent l’agglomération marseillaise.

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Le loup : une cohabitation qui a un prix

Laurent Ajello n’a personnellement jamais subi d’attaque directe — ses prédécesseurs sur ces terres, si. Il s’oppose pourtant à l’amendement autorisant les tirs de loups, et défend des solutions non-létales : tirs d’effarouchement, colliers GPS pour suivre les meutes. La protection du troupeau repose sur des chiens de protection, patous et bergers d’Anatolie :

  • 800 € par chien à l’achat
  • Morsures d’agneaux et fugues à gérer au quotidien
  • Risque de contamination parasitaire via le placenta
  • Éducateurs canins spécialisés, à tarif élevé
  • Puçage GPS et stérilisation obligatoires

Des associations comme FERUS ou le dispositif Alpatous de France Nature Environnement accompagnent ce type de surveillance, aux côtés de l’Office National des Forêts et de l’Institut d’élevage.

Jusqu’à 14 000 € d’aide par an, sous conditions strictes

Dans son cas, l’enveloppe annuelle peut atteindre environ 14 000 €, versés pour couvrir berger, chiens et matériel de protection. Mais l’aide est conditionnée à une attaque préalable constatée, à un classement en zone « risque loup », et à une demande à renouveler chaque année en janvier. Laurent Ajello témoigne d’une aide en pratique incomplète : selon lui, seulement 80 % du financement du salaire d’un berger serait accordé, l’État refusant parfois de payer sous prétexte d’un cahier des charges jugé non conforme.

🌱 Le pâturage bien conduit fait aussi partie des principes de l’agriculture régénératrice — quand l’animal nourrit le sol plutôt que de l’épuiser.

Un Parc Naturel Régional, une bergerie à l’abandon

Une convention avec le département du Var permet le pâturage à La Brasque, mais la bergerie historique du site n’a jamais été rénovée. Laurent Ajello doit alors utiliser un terrain à Auriol, dans les Bouches-du-Rhône — des déplacements de troupeau supplémentaires, uniquement pour compenser un bâtiment resté en l’état. À cela s’ajoutent des tensions avec les randonneurs et vététistes qui ignorent la signalétique, sur des sentiers dont la fréquentation a augmenté depuis leur aménagement par le PNR — au contact direct des chiens de protection.

Le vrai poids du métier : l’administratif

Cahier de pâturage à tenir au jour le jour, registres mensuels, déclarations de bêtes, fiches de paie, cotisations : après des journées qui commencent à 4 h du matin et finissent à 22 h, l’éleveur dit crouler sous la paperasse. Sa revendication est simple — des démarches simplifiées, avec un forfait calculé sur un quota de bêtes et de main-d’œuvre, plutôt qu’une déclaration à reconstruire chaque année.

Pourquoi ça compte pour bien manger à Marseille

Le fromage bio qui arrive sur un étal marseillais ne dit rien de tout ça. Derrière le label AB, il y a des journées de 18 heures, des arbitrages avec le vivant qui partage le même territoire, et une administration qui ne suit pas toujours le rythme du terrain. Soutenir ces éleveurs — via un magasin bio ou un circuit court — c’est aussi contribuer au maintien d’une agriculture locale confrontée à des contraintes économiques, écologiques et administratives très concrètes.

Questions fréquentes

Le pastoralisme bio est-il menacé par le loup à la Sainte-Baume ?

Le risque existe et pèse sur l’organisation de l’élevage (chiens de protection, surveillance), mais l’éleveur Laurent Ajello, installé depuis 2012, n’a personnellement subi aucune attaque directe. Ses prédécesseurs sur ces terres, si. Il défend des solutions non-létales plutôt que les tirs de loups.

Combien coûte un chien de protection pour un éleveur bio ?

Un chien de protection (patou, berger d’Anatolie) coûte environ 800 € à l’achat, sans compter l’éducation canine spécialisée, le puçage GPS et la stérilisation obligatoires — des charges récurrentes qui s’ajoutent au troupeau lui-même.

Quelles aides existent pour les éleveurs face au loup ?

Dans son cas, l’enveloppe annuelle a pu atteindre environ 14 000 € (berger, chiens, matériel), sous conditions : attaque préalable constatée, zone classée « risque loup », demande annuelle en janvier. Il indique n’avoir touché dans les faits qu’une partie de l’aide prévue, notamment sur le financement du salaire d’un berger.

Le bio protège-t-il vraiment mieux la biodiversité ?

L’agriculture biologique limite fortement le recours aux intrants de synthèse, mais elle ne résout pas à elle seule les tensions d’usage d’un territoire partagé avec la faune sauvage et les activités de loisir. Un élevage bio peut être compatible avec un territoire à forte biodiversité comme la Sainte-Baume lorsqu’il est conduit de manière extensive et adaptée au milieu.


Source : portrait de Laurent Ajello publié par Qui Vive (Valérie Marc, 3 septembre 2026). L’élevage fait partie des quatre piliers de la biodiversité qui font la richesse bio de notre territoire — découvrez les autres : mer, pollinisateurs, nature en ville.